« Le Rêve de la Mère » : une œuvre d’une grande profondeur.

En cette période de Toussaint où la tradition chrétienne encourage le recueillement auprès de nos défunts et le partage des peines, je souhaitais revenir sur certains débats vifs dans la communauté vietnamienne dont moi-même et la maire-adjointe Kim Ngouansavanh avons été témoins.

Les derniers constatés ont été relancés lors de discussions sur le magnifique projet de statue « Le Rêve de la Mère » (« Niềm Ước Mơ của Mẹ » en viêtnamien).

Sur le plan artistique, elle est le résultat admirable d’un artiste de talent, monsieur VU DINH Lâm, à la recherche d’une image forte et symbolique. Son créateur exprime fort bien cette « Impression » visée en faisant appel aux sentiments de chacun face à « la Loyauté de notre Mère et au Mérite de notre Père ». La force du geste exprimé par cette œuvre est profonde : « une force au faîte de sa puissance ou de la puissance de l’Esprit et du Corps de la Mère » qui porte l’Enfant vers le haut, au plus haut et le plus loin possible.
L’enfant, indépendant et différent de la Mère, est envoyé au loin. Mais, tourné vers la Mère, il n’oublie pas son origine ni le lien qui les relie en gardant ouvert ses bras vers la Mère.
Cette œuvre est d’une grande profondeur et son message universel ne peut que rassembler autour d’elle l’adhésion de tous. J’ai été touché de l'accord unanime de l’ensemble Conseil Municipal de la Ville, majorité municipale et opposition pour l’autorisation de l'édification de cette statue.

Pour la communauté viêtnamienne, à l’origine du projet, elle représente un témoignage plus « personnel ». M. Christophe Nguyen Trinh Nghia (président de l'Association Bussy SaiGon) le formule très bien : un « hommage à la France, terre d'asile et pays des Droits de l'Homme », « hommage à nos parents, qui, par leur sacrifice, ont réussi à donner aux générations suivantes un avenir meilleur dans la liberté », une « preuve d'intégration dans la vie active de la France » et un « rappel aux jeunes nés en France de ne pas oublier la culture et leur origine vietnamienne ».
Il est fascinant de savoir que la langue vietnamienne utilise le même mot pour exprimer la Mère et le pays natal, la mère patrie.

C’est pourquoi je ne comprendrais pas que l’on ancre, dans cette communauté vietnamienne à l’origine d’un si beau projet, et dans cette ville que j’aime, des hostilités entre partisans politisés, de quelque bord qu’il soit. En s’installant en France, tous sont devenus citoyens français, dans un pays qui assure un refuge paisible pour de très nombreuses personnes issues de cultures très diverses. La France est un lieu de paix dont nous sommes fiers et qu’il nous faut préserver.

Nous respectons les convictions de chacun, mais chacun doit respecter celles de l’autre. En choisissant une opposition agressive envers le pays d’origine, tout en souhaitant s’approprier cette sculpture, ne serait-ce pas nier le si généreux message porté par le créateur et son œuvre ?

Oui, il faut rappeler à la toute jeune génération de Vietnamiens, qui est née et a grandi hors de sa terre d’origine, son devoir de compréhension du lien « maternel » avec celle-ci, les efforts d’intégration et recherche de reconnaissance de leurs parents au sein de la société française, et enfin faire partager ces sentiments profonds avec la terre d’accueil.

Je tiens également à rappeler que les drapeaux exprimant tel ou tel bord politique ne sauraient avoir leur place aux côtés de cette statue. Un seul et même drapeau national français pourrait donc nous rassembler.

La neutralité de la ville et de ses représentants est et restera le principe sur ce sujet, et ce quelles que soient les tentatives pour la compromettre.

Je ne nie pas les douleurs du passé dont ont hérité certaines familles, mais en les accueillant, la France les encourage à ne garder que le meilleur et à construire un avenir commun. C’est ce que nous avons fait à Bussy Saint-Georges, et cela doit le rester.

Jean-Claude Lamagnère